Dimanche.... Il est 8h. J'ouvre les yeux délicatement, comme un papillon de nuit bat des ailes,dissipe l'engourdissement mortel qui le gagne d'heures en heures. ll y a la mort au bout du chemin, après cet embrasement de fluide vital qui le voit voleter autour d'une lampe allumée la nuit et parfois s'y consumer, dans une odeur fade de mousse roussie. Le papillon est le palimpseste de la chenille... et nous tous, sans doute, sommes-nous des palimpsestes d'un autre "nous" dont on a laissé l'enveloppe à quelques mètres, vide.
Dimanche... Il est 8h15. Je regarde comme d'habitude par la fenêtre pour tromper l'ennui. Des flocons fins virevoltent dans le ciel. J'aimerais anticiper ce qu'il y aura à conclure de cette année, je me demande si en fin de compte toute la fierté que je pourrai en tirer ne se limitera pas à un "j'ai survécu" un peu démissionnaire. Dans trois mois on passe des concours. Dans 5, il y aura une liste d'admis où on pourra lire un nom, un prénom et face à laquelle on pourra sanglotter toutes les larmes de son corps et tapant du poing par terre... juste pour évacuer.... et se dire: la vie commence.
Cette vie est faite de rencontres, des vraies... fortuites. D'heures assises sur un tabouret haut du café Leffe le plus proche à entendre une amie vous raconter sa vie, de manière intime et en verser des larmes tout en lui raconter la votre en retour, en lui serrant très fort les mains. La vie imaginaire est faite d'heures de bavardage futile sur msn face à un regard qui ne vous a jamais effleuré. Lacheté, lacheté de l'être qui aime penser qu'il est aimé... et qui est prêt à toutes les concessions et toutes les abstractions pour lire ce mot écrit en petits caractères, là, sur un écran. Il est temps de couper le cordon, d'approcher seconde après secondes le cutter de ce lien ténu avant de le sectionner d'un coup sec. Là je deviendrai un autre palimpseste, qui réécrira sur des ruines un autre périple, d'autres efforts illusoires.
Mardi, il est 17h45, je me suis rendue d'un pas rapide jusqu'à la Part Dieu et ai observé le défilé des voitures à partir du feu rouge, les yeux fixés sur le visage des occupants des habitacles. J'ai eu l'étourdissante impression que toute l'humanité défilait sous mes yeux. Les vieux, les jeunes, les entre-deux âges. Les familles. Les bébés suçant leur pouce et contemplant le monde avec leurs yeux hébétés. Les machoires raidies par le stress de certains, les yeux fixes d'autres, le sourire bon enfant de quelques uns. 3 min de défilé incessant. Le feu piéton est repassé au vert, j'ai bougé ma carcasse, mécanique pour affronter le nouveau flux qui venait en face de moi, d'humains à pied cette fois, et le "Direct Soir" de la femme en bleu qui jacassait, ne sachant à qui tendre son précieux journal. Et, à quelques pas... la bibliothèque....
Vendredi, il est 10h47, les nuages s'épanouissent dans le ciel en fleurs grisâtres. J'hésite à endosser mon par-dessus et à sortir marcher dans le souffle frais de l'hiver. On a fêté l'anniversaire d'une amie hier. Le souvenir m'en revient, brûmeux, avec un goût acre au fond de la gorge, celui des dits et des non-dits... un goût aussi âcre que celui du café qui me brûle le palais. J'ai envie d'aller dans un pub, pendant un de ces concerts du Vendredi soir et que mes oreilles soient saturées de sons et que ma tête explose à son tour dans le tressaillement de la musique.
Vendredi, il est 11h, j'ai reçu ma carte de mutuelle. Les voilà encore qui gomment mon second prénom. C'est agaçant. Que croient-ils... cette Hanna là en lettres capitales ce n'est pas moi, ils oublient l'autre moitié. Et c'est purement et simplement comme s'ils passaient un coup d'effaceur sur tout mon côté droit et que je me trouvais, chancelante, à évoluer dans le monde, avec un pied, un bras, et une moitié de visage. Hanna.... et puis quoi encore.