Fragment 3

Fragment 3
Les pages du Dico de latin se décollent une à une de la reliure de papier épais, je rêve qu'elles s'envolent par la fenêtre ouverte, que les mots s'évanouissent avec elles. Qu'il ne reste plus rien en somme que le silence. Je ferme les yeux et le souvenir du sable sous mes pieds me revient, chaud et brûlant avec le bruit des vagues... et le demi-disque poupre s'engouffrant dans les flots.
Essaouira

Ess
aaaaa
ouira


Dans l'étrange vie de Benjamin Button, le héros, amer et conscient de la fatalité de sa propre existence finit par disparaître un jour, s'abîmer dans une vie de voyages laissant derrière lui sa fille, et la femme qu'il a aimée... parce que leurs routes se séparaient, tout simplement. Sans doute faut-il beaucoup de courage pour cela... pour décider de cesser de s'accrocher aux autres comme un parasite et se laisser digérer par le vide. J'ai pleuré comme une madeleine vers la fin de ce film, sans savoir trop pourquoi... peut-être n'avait-il rien en soi d'exceptionnel... il permettait juste de toucher la texture de la vie, comme un tissu que l'on pourrait froisser voluptueusement dans ses mains et sentir glisser contre sa peau. C'est précisément cette texture pleine de la vie qui fait défaut dans ce temps et ces actions qui se déroulent froidement. Un sms par ci, un sms par là, le bruit léger du clavier de l'ordi, les doigts qui courent dessus, les ça va qui n'en sont pas, les réponses données à des questions elles-mêmes stéréotypées... des réponses que l'on façonne de manière à ce qu'elles soient conformes à celles que l'interlocuteur attend. Conformité morale, conformité lisse, uniforme comme le grain du papier. Repli frileux sur soi.... Tristesse solitaire, lorsque les accès de colère et de révolte sont passés. Après avoir secoué les barreaux de sa cage, l'animal se blottit dans un de ses quatre angles et laisse ses yeux se perdre au loin, et acquérir la même texture métallique que ses barreaux. L'amertume le corrompt... et alors sans doute est-il trop tard pour la révolte pure.

L'optimisme nous pousse à croire aveuglément à l'avenir, précisément parce que nous avons peur de ce "trop tard". Peut-être...

# Posté le mardi 17 février 2009 05:14

Et si j'étais... un palimpseste

Et si j'étais... un palimpseste
Dimanche.... Il est 8h. J'ouvre les yeux délicatement, comme un papillon de nuit bat des ailes,dissipe l'engourdissement mortel qui le gagne d'heures en heures. ll y a la mort au bout du chemin, après cet embrasement de fluide vital qui le voit voleter autour d'une lampe allumée la nuit et parfois s'y consumer, dans une odeur fade de mousse roussie. Le papillon est le palimpseste de la chenille... et nous tous, sans doute, sommes-nous des palimpsestes d'un autre "nous" dont on a laissé l'enveloppe à quelques mètres, vide.

Dimanche... Il est 8h15. Je regarde comme d'habitude par la fenêtre pour tromper l'ennui. Des flocons fins virevoltent dans le ciel. J'aimerais anticiper ce qu'il y aura à conclure de cette année, je me demande si en fin de compte toute la fierté que je pourrai en tirer ne se limitera pas à un "j'ai survécu" un peu démissionnaire. Dans trois mois on passe des concours. Dans 5, il y aura une liste d'admis où on pourra lire un nom, un prénom et face à laquelle on pourra sanglotter toutes les larmes de son corps et tapant du poing par terre... juste pour évacuer.... et se dire: la vie commence.

Cette vie est faite de rencontres, des vraies... fortuites. D'heures assises sur un tabouret haut du café Leffe le plus proche à entendre une amie vous raconter sa vie, de manière intime et en verser des larmes tout en lui raconter la votre en retour, en lui serrant très fort les mains. La vie imaginaire est faite d'heures de bavardage futile sur msn face à un regard qui ne vous a jamais effleuré. Lacheté, lacheté de l'être qui aime penser qu'il est aimé... et qui est prêt à toutes les concessions et toutes les abstractions pour lire ce mot écrit en petits caractères, là, sur un écran. Il est temps de couper le cordon, d'approcher seconde après secondes le cutter de ce lien ténu avant de le sectionner d'un coup sec. Là je deviendrai un autre palimpseste, qui réécrira sur des ruines un autre périple, d'autres efforts illusoires.

Mardi, il est 17h45, je me suis rendue d'un pas rapide jusqu'à la Part Dieu et ai observé le défilé des voitures à partir du feu rouge, les yeux fixés sur le visage des occupants des habitacles. J'ai eu l'étourdissante impression que toute l'humanité défilait sous mes yeux. Les vieux, les jeunes, les entre-deux âges. Les familles. Les bébés suçant leur pouce et contemplant le monde avec leurs yeux hébétés. Les machoires raidies par le stress de certains, les yeux fixes d'autres, le sourire bon enfant de quelques uns. 3 min de défilé incessant. Le feu piéton est repassé au vert, j'ai bougé ma carcasse, mécanique pour affronter le nouveau flux qui venait en face de moi, d'humains à pied cette fois, et le "Direct Soir" de la femme en bleu qui jacassait, ne sachant à qui tendre son précieux journal. Et, à quelques pas... la bibliothèque....

Vendredi, il est 10h47, les nuages s'épanouissent dans le ciel en fleurs grisâtres. J'hésite à endosser mon par-dessus et à sortir marcher dans le souffle frais de l'hiver. On a fêté l'anniversaire d'une amie hier. Le souvenir m'en revient, brûmeux, avec un goût acre au fond de la gorge, celui des dits et des non-dits... un goût aussi âcre que celui du café qui me brûle le palais. J'ai envie d'aller dans un pub, pendant un de ces concerts du Vendredi soir et que mes oreilles soient saturées de sons et que ma tête explose à son tour dans le tressaillement de la musique.

Vendredi, il est 11h, j'ai reçu ma carte de mutuelle. Les voilà encore qui gomment mon second prénom. C'est agaçant. Que croient-ils... cette Hanna là en lettres capitales ce n'est pas moi, ils oublient l'autre moitié. Et c'est purement et simplement comme s'ils passaient un coup d'effaceur sur tout mon côté droit et que je me trouvais, chancelante, à évoluer dans le monde, avec un pied, un bras, et une moitié de visage. Hanna.... et puis quoi encore.
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# Posté le dimanche 08 février 2009 03:52

Modifié le vendredi 13 février 2009 05:20

Et la force du rire....

Et la force du rire....
Je pourrais dire comme Victor Hugo que "l'éclat de rire est la dernière ressource de la rage et du désespoir".

On tou
che le fond et puis on explose, et on est projeté dans les airs, jusqu'aux plafonds de l'euphorie par l'éclat de rire dont les tremolos spontanés secouent tout le corps, le ventre, le buste, l'extrême confin des épaules.

J'
ai envie de rire, comme une envie de vie, ou alors une envie de pas grand chose. Envie de rire quand Hélène se plaignait grincheusement que son entretien avait été repoussé, envie de rire face aux résultats du conseil de classe, envie de rire devant le problème de l'Union de l'Ame et du Corps chez Descartes, envie de rire de voir tous ces gens se casser la gueule sur la plaques de brouillard givrant.... envie de rire de manquer me la casser aussi.

Et le pire, c'est que tout ça ça ne signifie rien.
J'ai env
ie de rire en même temps que de pleurer à la fin du Great Gatsby. C'est l'impulsion vitale primaire qui secoue le corps atone de la khâgneuse et lui fait parfois jeter des gerbes d'étincelles dans le ciel. C'est la joie sanguine née de l'holocoste de tous ses anciens espoirs, c'est la joie primitive devant le vide.

Quand j'essaie de faire le compte de mes journées je me rends compte qu'il n 'y a rien de précis, d'événementiel à rapporter, vraiment rien. Juste des états d'âmes, ou des petites phrases de prof ou d'élèves dans lesquelles ont pu se concentrer un moment de joie pure ; le tout en filigrane du spectre des habitudes matinales.... toujours invariantes. La café, le pamplemousse et le bol de céréales ; ou selfiales: la file d'attente de midi dans une froid plus ou moins mordant.

Il y
a bien Claire qui m'appelle de temps en temps ou que j'appelle, et qui ne manque jamais de me signaler que cette semaine il s'est passé ceci à Marseille "non mais t'as vu! Il arrive plein de cata dans cette ville". Et je réponds "normal, on est 2 déesses, et elle porte le poids de notre malédiction depuis cet été".
En
ce moment cette chère "darling" passe ses partiels... C'est là, vraiment, je me réjouis de ne pas être à la fac... pas encore.

Et je somnole devant l'écran... je somnole pour mieux oublier que le boulot m'attend.... qu'il n'y a que le boulot qui m'attend et rien de plus agréable. On peut pas tout avoir dans la vie.

Ya même
des fois où on ne peut rien avoir du tout...

To
ut est relatif

===> HAIT toujours le relativisme
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# Posté le jeudi 15 janvier 2009 11:33

Modifié le vendredi 16 janvier 2009 12:01

These are not news

These are not news
Facile, si facile d'échanger des paroles joyeuses, futiles avec tout un chacun...
Vertigineux de se rendre compte qu'il n'y a pas de véritables barrières entre soi et ses envies, idéalisées. Non, les barrières qu'on craint et qu'on maudit on se les met soi-même. Et tout ça pour avoir un idéal, juste pour cela en fait. Parce que, sans idéal,on se rend compte que chaque seconde, au moins un peu, nous appartient. Et c'est vertigineux de ne pas pouvoir pleinement maudire la fatalité. Ca fait peur d'avoir le choix. Rien que le choix. Ca nous laisse nu fasse à nous-mêmes. Il y a une sorte de double maléfique pour nous maudire du doigt si l'on se met dans la merde.
Penser au destin c'est pratique.
Faut croire en Dieu pour ça.

Il y a quelques jours je me suis dit que je savais plus si j'y croyais justement.

C'est bête.

Si je ne crois plus en Dieu il faut bien que je croie en moi.... Encore plus compliqué. Et shit. Ya pa de 3° solution? De joker? Comme dans les jeux télévisés?

Tout est peut-être dans ce poème de Catulle sur la peine amoureuse. Il était bien entiché de sa Claudia celui-là, peut-être à tort, mais il avait raison quand il disait "Difficile est longum subito deponere amorem"

On a fait les boutiques de lingerie avec une amie. Depuis quelques jours je m'étais dit mentalement que l'achat de sous-vêtement c'était "basta"..... J'ai du mal à résister malgré tout... Je n'ai pas trouvé de rouge... mais cette nuisette était si belle... Ca m'en a fendu le coeur de la laisser. Mais on n'achète pas des choses inutiles.... n'est-ce pas HN ? ..... Non ô double, on n'achète pas de choses inutiles, ça suffit parfaitement... ça suffit. Hum
bouhouhou

T_T

Ceci n'est pas un article triste, c'est un article gai... censé l'être du moins. J'ai été gaie toute la semaine. Une fois devant ce machin allez savoir pourquoi la mélancolie revient. Je revois les 11 pages de ce matin, sur le sujet de dissert "les ouvrages courts sont toujours les meilleurs" de La Fontaine. Plan en 3 parties, unité dialectique. 6h à passer sur ce machin. Quelques neurones de moins. A présent le Embrasse moi de Natasha Saint Pier qui résonne dans ma tête semble l'emplir totalement, rebondissant comme une boule de feu sur les parois de ma boîte cranienne, comme s'il y avait moins de matière pour faire concurrence au son. Pas grave... Pas grave.
J'ai regardé la Couleur pourpre, film passé il ya longtemps par Clairounette. C'était déchirant. Avec une part de bons sentiments certes vers la fin mais il faut dire que la vie de la bonne femme dedans était tellement abominable que c'était nécessaire qu'il y en aie un peu pour ne pas déprimer le spectateur entièrement. Peut-être que dans la vraie vie ça aurait été pourri jusqu'au bout.

Je fais quoi....

Je lis?

Je fais ma version de latin....?

J'évite de penser?

J'enchaîne avec un peu de Muse en secouant la tête d'un côté et de l'autre.... Ou un peu de gospel. De l'authenticité....
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# Posté le mardi 06 janvier 2009 17:46

Modifié le samedi 10 janvier 2009 15:55

S'est a-Muse-ée .... complètement

S'est a-Muse-ée .... complètement
MAP OF THE PROBLEMATIQUE [Lyrics] ==> deezer


Fear
La peur

And the panic in the air
Et la panique dans l'air

I want to be free
Je veux être libérée

From desolation and despair
De la désolation et du désespoir

And I feel
Et je sens

Like everything I sow
A quel point tout ce que je sème

Is being swept away
Est balayé

Well I refuse to let you go
Eh bien je refuse de te laisser partir


I can't get it right
Je n'arrive pas à faire les bons choix

Get it right
Je n'y arrive pas,

Since I met you
Depuis que je t'ai rencontré


Loneliness be over
La solitude prendra fin...

When will this loneliness be over?
Quand donc cette solitude prendra-t-elle fin?


Life
La vie

Will flash before my eyes
Va passer sous mes yeux comme un éclair

So scattered and lost
Si confuse et égarée

I want to touch the other side
Je veux atteindre l'autre rive

And no one
Et aucun d'entre nous

Thinks they are to blame
Ne pense qu'il est à blâmer

Why can't we see
Pourquoi ne pouvons nous pas voir

When we bleed we bleed the same?
Que lorsque nous saignons, nous saignons tous deux exactement de même


I can't get it right
Get it right
Since I met you

Loneliness be over
When will this Loneliness be over?

Loneliness be over
When will this Loneliness be over?
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# Posté le samedi 03 janvier 2009 06:21

Modifié le samedi 03 janvier 2009 06:32